Prendre d'aimer

Autour de Séverine évoluent, pêle-mêle,
curé, ursuline, famille, anciens mercenaires du
Corse, soudard tatoué de boutonnières, le bon
pasteur Charles-Auguste, bigotes pincées,
pêcheur avec sa voile latine, belle-mère acariâtre,
et toute une frise d'hommes et de femmes, tout
un peuple avec ses beautés et ses laideurs.
L'intrigue se trouve nourrie par une connaissance
qui englobe l'histoire, les us et coutumes, les parlers
régionaux, Gisèle Ansorge n'ignore pas plus
les concoctions médicamenteuses que la manière
de mener un train de ferme ou de griller une
carpe sur la braise. D'une précision admirable, la
langue se teinte parfois de couleurs locales.
Dans Prendre d'aimer , Gisèle Ansorge a su
saisir un pays et ses gens, leur mentaliré, leurs
réactions, comme peu ont su le faire. Son livre
embrasse quelques thèmes, par exemple la
condition de la femme au début du XIX<sup>e</sup> siècle,
mais surtout il en émerge une figure lumineuse,
qui traverse des heures sombres, nomade sur les
chemins de la vie, qui puise sa force au plus profond
d'elle-même, au nom de l'amour. Après la
lecture, Séverine vient habiter la mémoire. Elle
laisse le même souvenir qu'une personne réellement
rencontrée. Aussi espère-t-on que nombreux
seront ceux qui feront sa connaissance.
René Zahnd
Le Matin