Le secret de la tour de Capitello

Comme elle a su auparavant faire vivre les lacs et les montagnes, Léa Casale
nous invite cette fois à découvrir, avec elle, les secrets de la tour de Capitello.
Telle une prêtresse, elle nous entraîne lentement au pied de la tour et nous
initie sur le chemin aux rituels nécessaires pour devenir ses confidents. La
narratrice nous décrit alors cet état de rêverie toute mélancolique, sa pensée
voguant au loin sur l'horizon, là où se mêlent le ciel et la mer, comment dans
cette sorte d'hypnose, elle fut surprise par la ferveur des lieux qui lui
dévoileront celle qui devait lui confier sa destinée : la Tour de Capitello.
Notre conteuse nous fait part avec espièglerie des tendances un peu mégalo
de la tour. Ne va-t-elle pas dire qu'elle a été jalousée, qu'elle a été enviée, qu'on
a failli l'enlever comme une fiancée que l'on se dispute ; qu'elle aurait pu être
très grande, si grande qu'elle aurait pu toucher le ciel. Elle nous vante aussi ses
pouvoirs, comment elle organisait des jeux et imposait des défis à ses
prétendants qui risquaient d'être transformés en pierre, s'ils perdaient leurs
paris.
Puis notre tour, peu de temps après, devient grave, elle s'anime, elle s'agite,
elle veut sans doute nous livrer son intimité la plus secrète, et Léa Casale fait
appel à la " signadora " pour comprendre ce langage et réveiller le passé.
Là, le rideau se lève, un message au fond d'une bouteille s'échoue sur la
plage. De jeunes amoureux sont mis en scène, tourmentés par leurs passions, en
quête de leurs origines et de leur filiation. L'île d'Elbe et ses monastères, la
Corse et ses pierres magiques servent de toile de fond aux premiers émois de la
jeunesse.
À l'écoute de ses voix, notre gorge se serre, nous voilà en effet impuissants
devant la douleur, nous voilà inquiets devant l'adolescence qui se cherche. Ces
émotions émergent d'un récit qui nous tient en haleine, avec des généalogies qui
se croisent, avec des prénoms identiques au cours des générations, des prénoms
qui nous égarent et nous obligent à revenir sur nos pas pour retrouver ceux qui
les portent. Ces recherches nous évoquent des jeux de piste généalogique que
nous savons si bien pratiquer ici.
L'épilogue nous convie à la sérénité, après cette recherche haletante et
intrépide d'une adolescence en quête d'une identité, le temps est venu de l'âge
mûr où chacun découvre son propre langage et se réconcilie avec son corps.
La Corse, quant à elle, restera parée de ses sept tours, sentinelles et
gardiennes de sa mémoire, elles deviendront ainsi souveraines des régions qui
les entourent.
Léa Casale trouve son rythme pour accompagner toutes ces métamorphoses,
mélodieux et méditatif, intrépide et constructif, désirant et impatient.
De nouveaux mots émaillent son récit, une créativité qu'elle transmet à chacun.
Nous pouvons choisir ainsi une voie plutôt qu'une autre. L'écrivaine se veut
créative et guide la rencontre avec chaque lecteur.
Nunzia Santa Maria.