Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, n° 127. L'identification : des origines de l'islam au XIXe siècle

Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, n° 127. L'identification : des origines de l'islam au XIXe siècle

Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, n° 127. L'identification : des origines de l'islam au XIXe siècle
2010321 pagesISBN 9782853997546
Format: BrochéLangue : Français

Dans les pays musulmans, avant l'instauration de l'état civil, les

gens déclinaient leur identité de manière différente selon l'interlocuteur

et la situation. De ces variations complexes un seul aspect

avait fait l'objet jusqu'ici d'études savantes, l'onomastique, plus particulièrement

l'étude des nombreux éléments qui composent le «nom arabe»,

référent culturel prestigieux dans l'ensemble du domaine arabo-musulman,

mais non exclusif. Le présent volume propose d'étendre l'enquête au plus

large éventail possible de situations dans lesquelles ont été posées les questions

par lesquelles on définira concrètement l'identification : qui es-tu ?

(interaction directe entre les personnes, à visée de reconnaissance) ; qui

est-il/elle ? (question qui implique une norme) ; qui est qui ? (avec un objectif

de classement et de hiérarchie).

Les études historiques réunies ici visent à éclairer les situations d'identification

et les réponses qui y étaient apportées, en étudiant les intervenants, leur

position respective et les enjeux souvent complexes qui se dissimulaient

derrière ces questions apparemment simples. C'est à ce voyage conceptuel,

plutôt qu'à une histoire linéaire, qu'invite ce volume.

Avant même d'être individualisées, les personnes étaient caractérisées par

des marqueurs identitaires, parfois accumulés de manière redondante dans

les éléments du nom, le titre, l'habillement, la gestuelle, la langue et la

manière de l'utiliser, etc. Ces signes, perçus comme immuables et essentiels

dans un univers où l'habit faisait le moine, étaient en fait changeants

comme les enjeux qui les justifiaient, et leur sens en était affecté. L'individuation,

plus ou moins poussée, était requise dans certaines situations,

notamment par le droit musulman attentif à qualifier et valider les actions et

les personnes. Elle se heurtait à mille limites, y compris au coeur du droit ;

et l'incertitude sur l'identité réelle des personnes, hantise des juristes et

des juges, pouvait selon les occasions et les intérêts être vécue sans grand

embarras. Pouvoirs et dominants faisaient de la prescription des identités

un instrument de leur domination, en particulier aux deux extrémités de

l'échelle sociale, vis-à-vis des esclaves comme des privilégiés - c'étaient

parfois les mêmes. Ces prescriptions, dont une grande partie de la société

pouvait s'accommoder ou les ignorer, n'avaient de toute façon pas la visée

simplificatrice et unificatrice que les États en voie de modernisation ont

développée à partir du XIX<sup>e</sup> siècle, terme chronologique de ce dossier.

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