L'emploi des personnes handicapées entre discrimination et égalité

Cette thèse a pour objet de déterminer comment le droit antidiscriminatoire peut contribuer à
améliorer l'insertion professionnelle des personnes handicapées.
La première partie est consacrée à la conception juridique du traitement des personnes
handicapées. Celle-ci se caractérise par son évolution.
La première approche du traitement juridique des personnes handicapées est liée à une conception
du handicap comme attribut de l'individu, appréciée à l'aune d'une conception biomédicale de
la normalité. Le traitement juridique, fondé sur un traitement catégoriel, coïncide alors avec un
mécanisme de protection par les techniques classiques de la solidarité, mais emporte aussi des
effets de stigmatisation. Sous l'influence du droit international et du droit européen, un changement
s'opère en faveur d'un traitement égalitaire. La conception du handicap devient sociale. Le handicap
est désormais perçu comme la résultante d'une interaction entre la personne et son environnement.
Une telle évolution a nécessairement des répercussions sur la façon de concevoir l'égalité pour les
personnes handicapées. L'exigence d'égalité nécessite de s'intéresser au dispositif antidiscriminatoire
en matière de handicap. Celui-ci présente une spécificité dont la légitimité est fondée sur la prise en
compte du handicap comme facteur de différence et la pertinence de mettre en oeuvre un traitement
différencié.
La seconde partie est dédiée à l'étude des voies de réalisation de l'égalité qui empruntent les
traits de deux instruments distincts. En premier lieu, l'aménagement raisonnable constitue une
voie novatrice : la voie de l'édiction d'une norme antidiscriminatoire créant une obligation positive
à la charge de l'employeur. Pour ne pas se contenter d'une étude des dispositifs législatifs internes
- seule étude que le droit positif permet à l'heure actuelle - c'est une analyse de l'aménagement
raisonnable à la lumière du droit canadien qui a été entreprise. Cette analyse vise à comprendre
quelle peut être la portée de ce mécanisme en droit français. En second lieu, les actions positives
constituent une autre voie de mise en oeuvre de l'exigence de non-discrimination. Dans le domaine
du handicap, l'action positive se traduit principalement par une obligation d'emploi de travailleurs
handicapés sous forme d'un quota à respecter. Elle revêt parfois une forme plus atypique par le
biais de la conclusion d'accords collectifs, le dialogue social pouvant alors être considéré comme
l'instrument d'une action publique négociée.
Au-delà, cette étude permet d'observer une évolution majeure. Ce qui était considéré comme
pathologique ne l'est plus. C'est le regard exterieur qui transforme la différence, la singularité en
problème. Le handicap doit être résolument saisi dans une dynamique relationnelle.