Les littératures en Amérique latine au XXe siècle : une poétique de la transgression ?

La littérature écrite dans les Amériques s'inscrit, dès les récits des
premiers métis, dans une logique d'écart géographique, culturel,
linguistique et imaginaire. Dans l'Amérique latine indépendante, elle sera
souvent tiraillée entre les adeptes d'une production fidèle aux normes des
anciennes métropoles et les promoteurs d'une littérature autochtone. Un
siècle plus tard, le Modernisme réussit la prouesse de détourner cette
dichotomie par une poétique originale qui devient, à son tour, canon à
transgresser. Et le XX<sup>e</sup> siècle ne sera qu'une longue série de subversions
idéologiques et formelles.
Borges disait que les genres se nourrissent de la subtile et constante
infraction à leurs propres lois. Dans le domaine culturel, chaque
mouvement s'engendre à partir de ce qui le précède, parfois dans une
certaine continuité mais, le plus souvent, dans le déni, radical ou non. Plus
que de ruptures, il conviendra de parler de transgressions multiples :
infractions aux normes, aux formules, aux codes établis précédemment. La
transgression paraît être le mode naturel de fonctionnement des cultures et
peut donc fournir une grille de lecture adéquate pour les littératures latino-américaines
actuelles.
Quels sont les traits de la géographie littéraire de la transgression ?
Y a-t-il dans ce paysage de grands repères propres à la littérature latino-américaine
du XX<sup>e</sup> siècle et du début du XXI<sup>e</sup> siècle ? Comment les
localiser dans ce vaste tourbillon que présente la multiplication des genres
et des approches au fur et à mesure que romans, nouvelles, chroniques et
poèmes prolifèrent, dans un foisonnement hors du commun ? Et, pour ce
qui est de la langue, comment interpréter les écarts des espagnols
d'Amérique par rapport à une norme péninsulaire ? Ce livre tente de
proposer des réponses à ces vastes questions.