Figures de l'esclave au Moyen-Age et dans le monde moderne : actes de la table ronde

Une continuité évidente unit les formes de l'esclavage médiéval et moderne, du monde de la Méditerranée musulmane et chrétienne à l'Amérique espagnole et portugaise. Le transfert d'une idéologie forgée sur le droit antique a justifié, de part et d'autre de l'Atlantique et de la date cruciale de 1492, la réduction au statut servile de grandes masses de populations étrangères et vaincues, <<morts vivants=""/>>, <<animaux humain="" visage=""/>>, et l'exploitation des corps, par le labeur domestique et le travail agricole. Des principes communs de déshumanisation fondent la pratique esclavagiste sur une dépersonnalisation, une désexualisation et une désocialisation volontaires, toujours entreprises, souvent inachevées.
Par-delà la dénonciation morale et l'analyse des contextes juridiques et économiques, la Table ronde tenue à l'Université de Paris-X-Nanterre pose le problème des rôles sociaux des individus et des groupes asservis dans des ensembles historiques concrets, l'Empire musulman, le monde des Croisades et de la Méditerranée latine médiévale, l'Espagne moderne, l'Amérique coloniale du Mexique au Brésil sucrier. Douze participants ont confronté leurs recherches pour mieux cerner l'unité idéologique du phénomène esclavagiste et mettre en lumière la variété des fonctions assumées par les captifs : à côté des grandes masses de travailleurs des champs, <<hommes machines=""/>>, apparaissent les serviteurs privilégiés du pouvoir, soldats, fonctionnaires et scribes, une société urbaine féminine aussi qui a le monopole des passions amoureuses, une famille inégalitaire enfin qui intègre ici ou là, en position subalterne, concubines et bâtards.
Les figures de l'esclave, diversifiées, apparaissent comme autant de faces de l'humanité souffrante, rebelle ou soumise, dans un monde où la servitude est omniprésente, référence secrète des théoriciens de la souveraineté et de la toute-puissance de l'Etat, et modèle fascinant des utopies.