Cours nouveau, n° 5-6. Contre la dictature des urgences, anticiper l'avenir : actes des premières Journées africaines de prospective de Dakar, 30 juin-2 juillet 2011

Entre les Urgences de tous ordres qui n'attendront pas (la réflexion stratégique) et auxquelles
il y a lieu de répondre hic et nunc , sous peine de finir dans le mur sans savoir ce qui nous
arrive, et l'Avenir qui ne viendra pas tout seul, il devrait y avoir une phase mitoyenne :
celle de l'appropriation universitaire et académique, c'est-à-dire autonome et pleinement
indépendante. Il ne s'agit pas, de prime abord tout au moins, d'une prospective conçue comme
philosophie de l'avenir, systématique de prévision ou futurologie, ni comme un instrument de
soutien et/ou d'accompagnement des politiques publiques telles qu'elles fonctionnent selon
le régime de l'urgence dans la quasi-totalité des pays d'Afrique de l'Ouest, encore moins
comme une prospective des consultants et des experts, des ONG panafricaines ou étrangères
et/ou des bailleurs, mais bien d'une propédeutique indispensable à toute évaluation et toute
réévaluation de l'état des connaissances, des savoirs et des pratiques, des ressources morales,
sociales et matérielles disponibles, afin de préparer les sociétés et les élites de l'Ouest-africain
à un Avenir qui résultera plus de l'imagination, de l'invention et de la créativité que
du jeu mécanique des lois du marché.
Or donc l'état de la prospective en Afrique de l'Ouest est si rudimentaire, et les besoins
à satisfaire si étendus qu'un véritable marché du Futur s'est mis en place depuis la fin des
années 70 et au début des années 80 ; et avec ceci, des théories et des stratégies, des options
et des initiatives, des projets et des programmes destinés à vendre de l'illusion ou du rêve aux
Etats, en lieu et place des lendemains cauchemardesques prédits aux élites et au continent,
aussi bien par les nouveaux sorciers blancs que les gourous noirs, les aventuriers, les experts
et les consultants de tout acabit.
Dans ces conditions, est-ce un hasard si une certaine manière de prospective (la
futurologie, par exemple), est en passe de devenir l'opium des pouvoirs publics, qui joue
à l'endroit des classes dirigeantes le rôle de la magie, de la divination, de la prophétie ou
des Xon et du listixaar , de la chiromancie et/ou de la sorcellerie auprès du bas peuple des
capitales ouest-africaines ?