L'image liturgique : essai d'une esthétique rituelle chez Romano Guardini

L'image liturgique chez Romano Guardini est la figure qui
exprime le nouveau statut culturel et une nouvelle approche de la
liturgie. Guardini promeut une méthode cognitive caractérisée
par le dialogue polaire entre le rationnel , l' extrarationnel et le
suprarationnel. Il restaure le statut ontologique de l'oeil perdu
dans la modernité où l'être humain regarde sans voir. Et pourtant,
«croire, c'est voir» ! L'événement Jésus-Christ, «l'image du Dieu
invisible», est la possibilité de l'image liturgique. Celle-ci est alors
l'organe du Révélé, et les gestes ainsi que les signes liturgiques sont
des lieux de coïncidence de l'Invisible avec le visible. En ce sens,
l'esthétique rituelle est d'une part, beauté liée à la forme imaginale
ou iconique et, d'autre part, implication des sens dans la liturgie. La
beauté liturgique n'est pas un élément surajouté, une simple harmonie
synchronique, mais d'abord une beauté intrinsèque, car la liturgie est
splendor veritatis , un monde d'images et de signes lourds de sens qui
se donnent aux sens. Guardini élabore une théologie esthétique qui
fait comprendre que la liturgie ne peut pas être réduite à la validité
et à l'efficacité des actes, en ignorant que les formes imaginales ou
iconiques peuvent contredire la vérité du Mystère célébré.