Devenir psychanalyste... et le rester

Devenir psychanalyste... et le rester. Cet intitulé
comporte trois éléments et j'y ajouterai un quatrième, dont
l'absence, intentionnelle, doit être soulignée : c'est : être. Il ne s'agit
en aucune manière, dans mon projet, d'être psychanalyste, pour
la bonne raison qu'il n'y a pas d'être psychanalyste. Ce n'est pas
d'un être qu'il s'agit, mais d'une fonction qui se faufile entre réel et
fiction, et qui est produite par le discours de
l'analysant. «Devenir analyste» - moment
inaugural qui n'est pas seulement le moment
où l'analysant décide de s'installer un divan
en tel lieu de son choix, mais aussi celui qui
se joue au départ de chaque psychanalyse
qui commence - et ensuite «le rester» -
moment final, au sens où c'est de la fin visée
par l'expérience qu'il s'agit -, ce n'est pas
la même chose, ce n'est pas du même désir
qu'il s'agit. Entre les deux, trois petits points de suspension nous
indiquent un temps d'élaboration, de mutation, temps sur lequel
l'expérience dite de la passe devrait permettre de jeter un certain
éclairage, si elle réussit un jour.
« Lacan dit que... », cette formule tend irrésistiblement à devenir,
dans le cercle des analystes qui se réclament de lui, non pas une
clef pour ouvrir la discussion, mais au contraire un verrou qui la
clôture. C'est contre cet usage, ce mesurage de la parole de Lacan
- comme de Freud aussi bien - que je lutte, parce que je suis
convaincu que les paroles de Freud et de Lacan ne sont ni des
paroles d'évangile, ni des versets de liturgie, ni même des vérités
établies, mais avant tout des formulations d'un désir qui vise
l'origine ou la cause du fait humain.