Fénelon

Fénelon aurait pu devenir le Richelieu du nouveau siècle :
son intelligence exceptionnelle et sa vision anticipatrice, la
confiance que lui accorde le petit-fils de Louis XIV et futur
Dauphin - le duc de Bourgogne - l'y préparent.
Les Aventures de Télémaque où le public voit une censure du
régime font en quelques mois le tour de l'Europe ; la Lettre au
Roi et l' Examen de conscience rappellent avec audace leurs
devoirs aux princes. Fénelon pense les droits des peuples en
termes de solidarité ; il est l'anti-Machiavel : la morale, parce
qu'elle est universelle, déborde la politique, et toute son
oeuvre d'éducation est une critique indirecte de la façon de
régner de Louis XIV.
Mais l'ambitieux prélat privilégie les chemins spirituels aux
allées du pouvoir. Cette attitude paradoxale fut prise pour la
posture d'un fier jouant les humbles ; elle lui valut la disgrâce
royale, les foudres de Bossuet et l'exil à Cambrai, supportés
comme autant d'épreuves sur la voie d'une quête personnelle.
Vaincu fascinant ses contemporains, Fénelon est ainsi le seul
personnage du Grand Siècle qui réchappa aux rayons du Roi-Soleil.