Israël : un avenir compromis

Champion de la lutte anticoloniale du temps du Mandat britannique,
Israël est pourtant réduit aujourd'hui par l'opinion publique à une puissance
occupante suspectée d'infliger aux Palestiniens les mêmes souffrances
que celles que le peuple juif a subies durant la Shoah. Comment en est-on
arrivé à une telle aberration ?
Il faut y voir l'aboutissement d'un processus de déni dont les étapes sont
connues : la fameuse résolution de l'ONU en 1975 assimilant le sionisme
«à une forme de discrimination raciale», la première guerre du Liban en
1982, la première Intifada cinq ans plus tard... Certes, pour déplaisante
qu'elle soit, la «réprobation d'Israël» n'aurait pas, en elle-même, de quoi
menacer son existence sauf qu'elle ne constitue pas, loin s'en faut, l'unique
sujet d'inquiétude. Israël, entité fragile au territoire exigu, est implanté
dans une région instable, secouée par des États sur-armés et parcourue par
les vents mauvais de l'intégrisme religieux. Les alliances dont dispose Israël
sont lointaines et peu assurées tandis que le pays est agité de courants
idéologiques et «ethniques» concurrents qui mettent à mal sa cohésion et,
partant, sa capacité de résistance.
Voilà donc un faisceau de facteurs qui hypothèquent son avenir. Alors,
la disparition d'Israël est-elle encore évitable ? Ce livre tente de répondre à
la question. Ce qui en fait le prix, c'est qu'il se présente comme la première
étude scientifique, solidement documentée, d'une géopolitique que ses
auteurs jugent au total peu propice à la survie de l'État hébreu. Examinant
ce qu'il convient d'appeler la «question israélienne», trop souvent occultée
par l'actualité de la «question palestinienne», tout aussi importante
mais beaucoup plus fréquemment traitée, ils tentent de poser un regard
objectif sur les tendances lourdes à l'oeuvre dans le monde, dans la région
et au sein même de la société israélienne.
Tout ce qu'on pressentait sur les dures réalités de la géopolitique d'Israël
est ici documenté, mesuré, chiffré, contextualisé. Les Israéliens n'auraient-ils
pas intérêt, au moins autant que les Palestiniens, à conclure une paix
durable et à normaliser leurs relations avec l'ensemble de leurs voisins ?
La haine, les humiliations, les revers diplomatiques accumulés depuis tant
d'années laissent-ils encore entrevoir une issue pacifique ? Libre à chaque
lecteur d'apprécier les faits comme il l'entend ; mais la liberté de jugement
n'a de sens que si l'on sait de quoi on parle.