Le moulin Blant

Extrait : «Ils étaient sur le trottoir de la place à l'encognure du Minage, la
petite rue qui mène à la Halle, où l'on danse à toutes ces Saint-Martin. Bras
dessus bras dessous, ils rentrèrent au grand bal, au bal commun à moitié vide,
ouvriers et charretiers des fermes et villages voisins, la plupart en blouse et
en casquette servantes, toute leur humble toilette étalée, aux chapeaux fleuris
de gros rouge comme leur teint ; clercs et jeunes gens de la ville et quelques
jeunes officiers en bourgeois, avec les couturières, les petites des magasins,
beaucoup jolies, éveillées, heureuses de cette joie pimpante et facile des grisettes
que la province conserve encore. Une dizaine de quadrilles isolés, quand
tout à l'heure on ne pouvait point se remuer. Sur les bancs, des groupes également
rares, rangés par villages, les garçons un bras à la taille de leur voisine, le
menton sur leur épaule, les attirant, leur chauffant le cou de leurs propositions
de départ, les braves filles au sang épais peu à peu s'apprêtant, luisant des yeux,
des joues, des lèvres, acceptant de les suivre sans dire oui. Et les couples à la file
quittant la salle, enlacés d'avance, tranquilles à leurs baisers comme si ç'avait
été déjà autour d'eux la grande plaine déserte et la nuit.»
Le Moulin Blant est de la veine de ces beaux romans sociaux qui nous décrivent
la vie et les moeurs d'un terroir il y a cent ans. Les personnages et l'intrigue
ne gâchent rien. Le Moulin Blant est de ces romans que l'on aime relire et
qu'on apprécie encore mieux la seconde fois.