Gaston Bachelard musicien : une philosophie des silences et des timbres

Si comme le pensait Nietzsche, «les hommes supérieurs
se distinguent par le fait qu'ils entendent infiniment plus»,
Bachelard figure parmi ces esprits pour qui penser et sentir est
une seule et même chose.
L'objectif de ce livre n'est pas tant de découvrir en ce philosophe
un musicien que d'étudier les enjeux d'une phénoménologie de
l'écoute dans l'expérience musicale qui permet de faire l'épreuve
de soi, de «voir et entendre, ultra-voir et ultra-entendre, s'entendre
voir et s'entendre écouter» (Bachelard). Cette conception
est le fruit d'une activité créatrice intense, qui se déploie dans la
musique de manière privilégiée et répond à une autre logique,
fondée sur des critères éthiques et non forcément artistiques.
Porteuse d'intersubjectivité, cette «esthétique concrète» n'a
qu'une seule exigence : le degré de vie de l'oeuvre qu'il s'agit de
transmettre. C'est dire la relation qu'a tout art avec la musique
quand celle-ci est conçue comme un «jeu avec les forces», animé
par un orchestre invisible, sis en chacun de nous. Cela renvoie
au concept de «santé», appréhendé ici comme la capacité à
«nourrir sa vie» et à l'entretenir grâce à l'exercice quotidien de la
lecture active et de la pratique artistique. Il appartient au musicien
qui «entend par l'imagination plus que par la perception»
(Bachelard), de nous apprendre à sentir et à penser le monde,
soumis aujourd'hui à une dé-perception au profit de la sensation
qui conduit à une crise des modalités du lien.