Communication & organisation, n° 38. Management de l'évaluation et communication

La faveur que connaît la thématique de l'évaluation, depuis une dizaine d'années en
France, tant auprès des professionnels concernés que des milieux de la recherche
en sciences humaines et sociales, est liée à son inscription dans divers dispositifs
réglementaires, dont la Loi d'orientation pour la loi de finance (LOLF) de 2001, entrée
en application complète en 2006. Cette vogue de l'évaluation s'alimente de la création
d'un véritable marché européen des agences d'évaluations dont l'accumulation est
spectaculaire - ANESM, AERES, ARS, ANAP, ADEME - et qui manifestent une tendance
à la dévolution massive des missions régaliennes de l'état à des organismes de droit
privé. L'évaluation est, dans ce contexte, devenue une obligation réglementaire pour
les professionnels des secteurs des services aux personnes - santé, enseignement,
social, médicosocial - et des administrations publiques, qui doivent mettre en place
des modalités d'évaluation de leur performance, comprise comme capacité à tenir
les budgets alloués annuellement ou selon des contrats pluriannuels d'objectifs et
de moyens.
Nous avons souhaité présenter des réflexions et recherches portant sur des
pratiques d'évaluation concrètes, dans divers secteurs professionnels, depuis
l'université et la recherche publique, jusqu'aux établissements sociaux et
médico-sociaux, en passant par les pratiques d'évaluations singulières, ou par la
présentation du mouvement démocratique de promotion de l'évaluation publique.
Notre hypothèse est que l'évaluation est un élément majeur des modalités de mise
en logique de projet qui participent depuis maintenant une trentaine d'années,
dans les grands pays industrialisés et notamment la France, à la recomposition
générale des diverses institutions qui s'étaient stabilisées durant les trente
glorieuses : entreprises, administrations, associations. La question de l'évaluation
est donc une question complexe et aux multiples facettes largement et librement
commentée par nos auteurs.