Carnets de travail, 1881-1890

Maeterlinck commence à tenir un carnet de notes à dix-neuf ans. Il y entasse ébauches et matériaux littéraires. A partir de 1886 et jusqu'en 1905, le jeune avocat, puis l'écrivain, ne se sépare plus d'un agenda de poche où il note les idées qui lui viennent lorsqu'il est éloigné de sa table de travail. Ces carnets, qui mêlent notes de lecture, esquisses poétiques, projets narratifs et dramatiques, donnent un aperçu vivant de la bibliothèque dont se nourrit une œuvre où l'auteur a multiplié les allusions, les citations et les autocitations, évidentes ou secrètes.
Le premier volume de cette transcription intégrale des carnets de travail de Maeterlinck s'ouvre par le «journal» des premières tentatives littéraires de l'étudiant : une comédie de mœurs (un nouveau Misanthrope), des vers amoureux et des nouvelles réalistes. L'agenda de 1886 accompagne l'achèvement du Massacre des Innocents et permet d'assister à la genèse croisée des poèmes les plus anciens de Serres chaudes et d'une longue nouvelle, restée inédite, qui en reprend la thématique : Sous verre. Ce projet s'efface dans l'agenda de 1887 devant celui d'une autre nouvelle. Elle raconte, à la première personne cette fois, L'Eté d'un malade tout aussi halluciné. Maeterlinck laisse inachevé ce récit, auquel étaient destinés les chapitres du cahier des «Visions typhoïdes», pour se donner à la traduction et au commentaire de Ruysbroeck. Dans l'agenda de 1888, il passe de la décadence latine à la poésie préraphaélite et s'essaie au vers libre tout en réglant l'ordonnance de son premier recueil. Les esquisses d'Onirologie révèlent enfin les lectures médicales qui ont alimenté les digressions du narrateur et ses incursions dans la psychologie des songes.