Autoritarismes démocratiques et démocraties autoritaires au XXIe siècle : convergences Nord-Sud : mélanges offerts à Michel Camau

Relégué au «musée des horreurs politiques», l'autoritarisme semblait
devoir être emporté par la vague de démocratisation qui a touché
aussi bien l'Amérique latine, l'Afrique noire et le monde arabomusulman
que, plus récemment, les anciennes «démocraties populaires»
est-européennes. Pourtant, la défaite de l'autoritarisme sur le
terrain de la légitimité internationale n'a pas toujours produit de mutations
décisives des relations de pouvoir au sein des États. La libéralisation
des économies, loin d'entraîner celle des scènes politiques internes,
a renforcé le pouvoir personnel des autocrates, la mainmise des «clans»
sur les richesses nationales et la manipulation des urnes.
Pire, montrent les auteurs, l'autoritarisme surgit là où on ne l'attendait
plus, au coeur même des systèmes «pluralistes» d'Europe et d'Amérique
du Nord. Les hymnes à la «bonne gouvernance» de la Banque mondiale,
du FMI et de l'Union européenne sonnent en réalité le glas des principes
fondateurs de la démocratie représentative. Car la fétichisation des modes
contractuels et négociés entre les groupes de pression, les lobbies économiques
et les pouvoirs transnationaux contribuent davantage à affaiblir les
mécanismes de représentation démocratique.
Dans le contexte post-11 Septembre, où la question sécuritaire est
devenue un enjeu majeur pour les démocraties occidentales comme
pour les régimes autoritaires du Sud, la prédiction du philosophe Ralf
Dahrendorf pourrait bien se révéler exacte : le XXI<sup>e</sup> siècle sera le siècle
de l'autoritarisme.