Claude Simon : survivant à un massacre en mai 1940 : l'identification au père inconnu

Le fait d'«avoir» un père ne suffit pas, ipso facto , pour «être» un fils.
Pour le père comme pour le fils, dans les mêmes lieux, tout est allé
très vite. Le premier meurt quatre jours après le premier engagement,
le 27 août 1914. Le second est donné pour mort au septième jour de
la bataille des Flandres, le 17 mai 1940. Quand le fils poursuivi par
des tireurs allemands tombe dans un ravin, il croit creuser avec la
bêche de l'histoire sa propre tombe et s'écroule, comme interloqué,
dans celle de son père. Mieux que toutes les médailles, mieux que la
gloire obtenue pour fait d'arme, le baptême du feu projette le fils dans
les bras de son père. À partir de là, «comme si j'étais quelqu'un»,
la construction romanesque nourrit la quête identitaire du fils
engendrant le père : tel fils, tel père.
Avant même qu'il ne vienne au monde, Claude Simon, survivant
à un frère aîné mort, a déjà raté sa naissance. Dans la réinvention
permanente de ce que fut le désastre de la guerre, s'il rate sa mort
c'est pour lui une seconde chance.