Le bilinguisme en procès (1840-1940)

«Mon objectif est d'examiner la persistance d'une idée fausse : la nocivité
du bilinguisme. Comment cette idée a-t-elle pris forme ? Comment a-t-elle
pu perdurer ?» L'enquête ainsi annoncée commence au milieu du XIX<sup>e</sup> siècle
au Pays de Galles et se poursuit jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale.
Sont successivement versées au dossier les thèses largement diffusées
en fin de siècle qualifiant le bilinguisme de fléau social, moral et d'empêchement
de penser, les conférences internationales sur l'éducation en situation
bilingue de 1911 à 1933, la mise au point des tests d'intelligence qui
donnent un tour scientifique à la dénonciation du bilinguisme, les études
universitaires et les publications de grands linguistes de l'entre-deux-guerres.
Andrée Tabouret-Keller mène son enquête au plus près des documents
avant de s'interroger sur les circonstances historiques, les situations
sociales et les soubassements idéologiques qui jouent dans la persistance et
le renouvellement de l'idée de nocivité du bilinguisme : scientisme et nationalisme
y trouvent bonne place sur fond de rejet du mélange et de l'impur.
Pour ouvrir une perspective où les situations linguistiques complexes bénéficieraient
d'une approche anthropologique faisant aussi place à l'histoire
personnelle des bilingues.