La dictature du carbone

Plus personne ne conteste vraiment la réalité du changement
climatique ni l'identité du coupable : le carbone, ou plutôt des
émissions de dioxyde de carbone en trop grande quantité. Ainsi,
le carbone est devenu notre nouveau fétiche, l'indicateur phare
à l'aune duquel toute politique, privée ou publique, tout comportement
doit être mesuré. Faites un geste pour l'environnement,
sauvez la planète en réduisant vos émissions de carbone !
Pourtant, ce qui génère le plus d'émissions de carbone, c'est le
fonctionnement même de la société. Mais remettre en cause les
fondements de notre système est difficile à envisager, alors on
agit à la marge. Est-ce vraiment utile ? Pour Frédéric Denhez,
la réponse est non. Le bénéfice des petits gestes est annulé, et
même inversé, par l'effet rebond (on utilise davantage un matériel
qui consomme moins), par l'obsolescence programmée et par le
«carbone gris» planqué dans les produits que nous importons.
En tenant compte de ce dernier, nos émissions augmentent d'un
coup de 40 %, tandis que celles de la Chine, pays exportateur, se
réduisent sans doute de 30 %.
Alors, que faire ? Considérer qu'il n'y a pas que le carbone
dans la vie. Disputer aux «experts» l'élaboration des indicateurs
de notre futur. Transférer à l'État la responsabilité de l'action par
l'impôt, socle de la République. Réaménager le territoire, redonner
notamment la primauté à une agriculture non productiviste. Bref,
accepter de discuter de nos choix économiques, politiques,
de société, pour éviter que le carbone ne devienne le dictateur
de notre avenir. Il en va de notre démocratie.