Etats de violence : essais sur la fin de la guerre

Etats de violence : essais sur la fin de la guerre

Etats de violence : essais sur la fin de la guerre
Éditeur: Gallimard
2006309 pagesISBN 9782070774517
Format: BrochéLangue : Français

La philosophie occidentale a longtemps pensé la guerre comme une mise

en forme spécifique du chaos des forces. Elle l'a définie, dans une formulation

fameuse, comme «conflit armé, public et juste», soutenu par une tension

éthique (défense de l'honneur, courage, sens du sacrifice), un objectif politique

(donner consistance à un État) et un cadre juridique (fonder le droit, défendre

une juste cause, définir des règles de combat). Cette construction spéculative

n'eut pas d'influence directe sur la réalité des carnages, elle n'en constitua

pas moins un horizon régulateur qui servit à définir en Occident un droit de

la guerre, des conventions internationales et un imaginaire spécifique. Or ce

concept de guerre, stabilisé par des siècles de réflexion philosophique, échoue

aujourd'hui à penser les nouvelles formes de violence : attentats terroristes,

factions armées sillonnant des pays ravagés, envoi de missiles intelligents pour

des conflits à «zéro mort».

La guerre et la paix tendent à disparaître, laissant place à l'intervention et

à la sécurité. L'humanité serait entrée, depuis peu, dans ce que Frédéric Gros,

par provision, appelle l'âge des «états de violence» : la fin de la guerre, ce

n'est pas la fin des violences, mais leur reconfiguration selon des économies

inédites.

Les états de violence transforment le rapport à la mort, ils imposent toujours

plus la logique d'une destruction unilatérale de civils démunis, brisant un

rapport ancestral d'égalité et d'échange. La guerre visait à défendre ou accroître

une Cité, un Empire, un État ; voici que les états de violence s'adressent à

la seule fragilité de l'individu, ramené à sa condition vulnérable de vivant.

La guerre, enfin, avait été constituée comme violence justifiée ; les états de violence

offrent, à travers leur médiatisation, le spectacle du malheur nu, le scandale de

victimes dont la souffrance exhibée décourage d'avance toute reprise critique.

Cette radicale transformation exige de la philosophie qu'elle pense le présent,

marque des ruptures, inspire de nouvelles vigilances, invente de nouvelles

espérances.

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