Comme s'il marchait sur la pointe des pieds. Je voudrais t'emporter dans mon rire

Plus qu'une rencontre après des années d'absence entre Gianni et Gabriel dans la pièce intitulée Comme s'il marchait sur la pointe des pieds , c'est d'une poursuite qu'il s'agit : celle d'une fulgurance qui s'empare des personnages, de leurs affrontements, au sein desquels les comportements sont à la fois mystérieux et instinctifs. Fulgurance qui s'empare des corps, des mots de chair, de terre, électriques et sauvages, enlacés à une écriture, danse déchirante et forcenée qui modèle l'espace de lumières inouïes et inquiétantes. Une pièce qui suscite des correspondances alchimiques entre les images, les sons, les gestes, les rythmes, qui prend le lecteur, le spectateur, dans ses entrelacs. Spectateur qui voit vivre Gianni, écorché, fragile, excessif, animal et ardent, qui se brûle et met en jeu son existence. Spectateur, happé par le suspens, qui guette, dans la provocation et le jeu des personnages, entre pulsion et répulsion, ce qui séduit et effraie, où la transgression, la peur, le magnétisme enveniment insidieusement le désir, la tension des regards, le souffle des mots. Au-delà du ressort dramatique, c'est l'étourdissement d'une écriture rare et puissante qui jaillit.
L'autre pièce, Je voudrais t'emporter dans mon rire , faite de cette « morsure concrète » dont parlait Antonin Artaud, nous rend spectateur halluciné, tant la tension dramatique, les personnages, la beauté tragique nous aspirent. Un lieu dévasté de calanques et d'infini, un lieu brut fait de la chair et de l'incandescence du personnage de Jan. Une ambiance fauve et troublante. Un rythme ventral, un tempo accordé aux touches de bandonéon, en arrière-fond, qui adviennent au cours de la pièce comme soupir ou imminence. Envoûtés, nous retrouvons les atmosphères quasi obsessionnelles d'Olivia-Jeanne Cohen.