Anthropologie de l'inhumanité : essai sur la terreur en Colombie

Pourquoi la violence est-elle plus que jamais une réalité
inéluctable, à l'échelle des individus aussi bien que des
peuples ? Qu'est-ce qui sépare l'humain de l'inhumain le long
de cette frontière ténue qu'on appelle «le mal» ?
Depuis le XIX<sup>e</sup> siècle, la Colombie est le théâtre d'une violence
sourde mais continue. Enracinée dans les guerres fratricides
qui opposèrent libéraux et conservateurs, cette violence
resurgit aujourd'hui dans les affrontements entre
armée, paramilitaires et guérilleros, donnant lieu à d'innommables
exactions, enlèvements et assassinats. Entre 1975
et 1995, on recense en Colombie 22617 homicides.
Dans cet essai remarquable, l'anthropologue María Victoria
Uribe recueille les témoignages des survivants de
l'époque dite de La Violencia ; elle analyse les processus
d'animalisation des victimes et la déshumanisation rituelle
qui précèdent les massacres, dont on retrouve tant d'échos
dans l'histoire mondiale. L'auteur tente surtout, en affrontant
la douleur de ceux qui se souviennent et en articulant la portée
métaphorique de ces atrocités, de briser le silence qui entoure
les victimes. À défaut de pouvoir donner sens à l'horreur,
elle retrouve à l'heure des assassins anonymes une
mémoire perdue et nous convoque à penser autrement la
violence et sa propagation toujours latente.