Le lépreux de Compostelle

Tout va dans on ne sait quel silence, même après la forêt. Les
hommes que les saisons avaient effacés courbaient leurs corps. La
terre glacée par la nuit tenait serrée l'odeur des fanes. Lourdes d'effort,
les femmes portaient, les hommes écrasaient les mottes.
C'était comme autre chose depuis qu'on bâtirait l'église. Depuis
qu'on les avait choisis, la terre ne les ensevelirait plus. Ils seraient
tous là dans les enluminures qu'ils voyaient sur les grandes pages
du monastère.
D'une rare densité poétique, ce récit fait revivre le Moyen Âge aux
confins de la Champagne. Il montre des hommes qui peinent pour
leur subsistance, menacés par les hantises et par la brutalité des
bandes errantes. Dans un paysage sans âge, seules la violence et la
cruauté, ou la ferveur, semblent pouvoir déchirer la lenteur du temps.
C'est pour lutter contre la mort qui menace les corps et les âmes
que sera décidée la construction d'une église. Un sculpteur aux
mains rongées par la lèpre, au nom de tous, prendra le chemin de
Compostelle...