Irrationnel et création aux XIXe-XXe siècles : son art est le chant conscient de l'irrationnel

El sueño de la razone produce monstruos : "le sommeil de la raison
engendre des monstres", écrit Goya en légende d'un de ses
plus célèbres Caprichos. Mais quel vertige si l'on se rappelle que
sueño a le double sens de "sommeil" et de "rêve"... Dessiné en
1797, dans une Espagne où sévit l'Inquisition, et publié en 1799 à
la fin du Siècle dit "des Lumières", le dessin paraît opposer raison
et irrationnel, comme pour mieux montrer que l'un ne va pas sans
l'autre. C'est au confluent de ces deux courants qu'opère l'artiste.
Les formes de l'irrationnel, définies et appréhendées depuis le point
de vue de la raison, ont varié au cours des deux derniers siècles : le
religieux, la croyance en une unité originelle perdue, les fantômes,
les fantasmes, les pulsions inconscientes... Comment l'artiste crée-t-il
avec ce foisonnement en lui ? Comment ces forces d'une
puissance inouïe - dragons et chimères des temps modernes - sont-elles
apprivoisées et métamorphosées ? C'est à ces questions que les
différents auteurs de ce collectif ont tenté de répondre, sans trop
écraser sous la vive lumière de la raison ce qui végète et crie au plus
profond de chacun de nous.