Saint Antoine ermite en Italie (1340-1540) : programmes picturaux et dévotion

SAINT ANTOINE ERMITE EN ITALIE (1340-1540)
PROGRAMMES PICTURAUX ET DÉVOTION
Ermite égyptien du IV<sup>e</sup> siècle, Antoine entre dans la piritualité et la dévotion occidentales comme père des cénobites. C'est pourtant dans la société civile que son culte s'enracine le plus profondément : exorciste, thaumaturge et vétérinaire, mais aussi protecteur des dynasties et patron de nombreux artisans, il gagne peu à peu toutes les strates de la société médiévale. Mais à cette polysémie particulière ne correspond étonnamment qu'une thématique exclusive. dans le domaine de l'iconographie : celle des tentations et il faut attendre le milieu du XIV<sup>e</sup> siècle pour que s'élaborent les premiers cycles monographiques témoignant d'approches plus diversifiées du légendaire antonin. À partir d'un corpus d'une quarantaine de ces cycles, inventoriés en Italie centrale et septentrionale entre 1340 et 1540 environ, on rend compte du processus d'acculturation pratiqué par des clercs occidentaux en quête d'authenticité et de retour aux sources de l'érémitisme. C'est par leur compilation exhaustive des sources hagiographiques et des apocryphes que parvient aux artistes, au prix d'une relecture non exempte de manipulations, la matière de cette biographie illustrée. Promu par les Antonins, élevé au rang de « proto-François » par les Mineurs, récupéré enfin par les obédiences de l'Observance au sein de nombreux ordres monastiques ou mendiants, l'ermite accède avec le développement narratif de sa vie au statut d'«icône» absolue et fédératrice servant de caution aux démarches apparemment les plus antagonistes.