Notice sur la guillotine

Notre intention n'est pas aujourd'hui de tenter la justification
d'aucune victime des erreurs judiciaires : nous
voudrions dégager la mémoire d'un homme honorable et
inoffensif de certains récits erronés qui s'attachent à elle
depuis plus d'un demi-siècle, et qui menacent de la ternir
à jamais. Ce n'est pas que le nom de cet homme semblât
fait pour vivre dans l'histoire ; il avait du savoir et du
mérite, mais il serait oublié aujourd'hui, si une méprise
populaire n'avait condamné son nom à une fâcheuse
immortalité.
C'est de Guillotin que je veux parler, un brave et habile
médecin de Saintes, qui fit partie de la commission
nommée par Louis XVI, pour l'examen du mesmérisme,
et qui joua honnêtement un rôle secondaire dans le grand
drame de la révolution. Le malheur voulut que, dans une
pensée d'humanité, il proposât à l'Assemblée nationale de
substituer la décapitation aux abominables supplices jusqu'alors
en usage. Depuis lors, il eut beau faire, il eut beau
protester et gémir, il devint le parrain de l'horrible machine
qui, de son nom, s'appela la Guillotine.