Enfance, n° 1 (2014). La cécité du jeune enfant

La cécité du jeune enfant
Avec Serge Portalier, l'approche du développement des enfants non
voyants est fonctionnelle. Il ne s'agit pas, comme on le fait classiquement
pour tous les handicaps, de comparer la personne atteinte du handicap
à celle qui ne l'est pas. Le résultat est connu d'avance : le handicapé
est handicapé par rapport à celui qui ne l'est pas ! Quelle tautologie
scientifique ! Henri Wallon disait d'un contemporain, Professeur à la
Sorbonne : « Il a découvert que les sourds n'entendent pas ».
Ce qui informe, ce n'est pas de comparer, c'est d'analyser comment
surmonter l'obstacle. La condition pour s'adapter est d'exploiter ses
ressources. De solliciter ce qu'il y a de particulier dans le fait de ne
pas voir tout en ayant d'autres sens exploitables, et d'autres couplages
possibles entre la perception et l'action. C'est bien de résilience qu'il
s'agit, c'est-à-dire de la capacité à utiliser nos moyens pour vivre bien,
« quand même ». C'est possible, parce qu'il n'y a pas qu'une seule
façon de réaliser un objectif mais plusieurs : c'est cela la vicariance.
C'est possible aussi grâce aux opportunités multiples que nous offre
l'environnement comme autant de raisons de chercher à y répondre :
c'est cela l'affordance.
Cette approche du handicap n'est pas spécifique de la déficience
visuelle. Elle s'adresse à tous les handicaps. Plus même, elle s'adresse
à tous les types de développement. Elle répond à une question majeure :
comment s'organisent les comportements qui servent à vivre ?
Souhaitons que ce numéro thématique soit l'occasion pour tous,
spécialistes de la déficience visuelle, professionnels du handicap,
pédiatres, psychologues, enseignants et étudiants en psychologie, de
profiter des informations très précises qu'il nous apporte et de s'approprier
le message qu'il véhicule sur la dynamique du développement.