Passage des Indes

«[...] Je n'avais plus vraiment de souvenirs, mais je sentais que mon esprit
quittait définitivement mon corps. Le regard de cet homme était celui du
naja prêt à frapper d'un instant à l'autre. Bien conscient du poison qu'il
m'avait fait ingurgiter il m'observait avec ses yeux injectés de sang et ses prunelles
noires, j'étais sous sa coupe. Ma tête explosait de ressentir une telle
angoisse. Je ne savais plus où, ni qui j'étais...
J'ai senti le besoin de me lever, d'aller regarder les bûchers où des corps
achevaient de se consumer. La chaleur qui se dégageait réchauffait le mien
qui se refroidissait. De telles hallucinations ne provenaient pas simplement
de l'herbe. Le sadhu , ce saint homme, avait sûrement abusé de ma naïveté pour
me dépouiller, ou m'assujettir à son délire mystique afin de profiter de moi.
J'avais couvert mon visage de la cendre des morts, ainsi me croyais-je protégé,
invisible à l'oeil de la malédiction...»