Collection Agutte-Sembat : exposition, Musée de Grenoble, 5 déc. 2003-20 févr. 2004

Tout à coup nous poussons un cri. Nous étions tombés
sur une petite toile étrange, une chose empoignante, inouïe,
neuve à effarer : elle effarait presque son auteur même.
Sur un sol rose cru, flambant parmi des ombres d'un bleu
profond, évoquant des Chine ou des Japon, une figure de femme
était assise, violacée. Nous regardions, ébahis, éblouis,
tous les quatre, et le maître paraissait aussi peu familier
que nous avec sa création ; et peu à peu son vrai caractère
nous apparaissait : l'impossibilité d'isoler du regard une parcelle
de cette toile, la figure par exemple, ou les ombres,
ou les verdures claires du haut ; la nécessité de recevoir
d'un seul coup dans les yeux et dans l'âme, le choc total
de l'ensemble. Cette oeuvre était au plus haut degré, indissoluble
et synthétique . «Je n'ai pas voulu faire une femme, vous voyez,
dit Matisse, j'ai voulu rendre mon impression totale du midi».