Philosophie et médecine : en hommage à Georges Canguilhem

Une philosophie du vivant est affaire indécise, coincée entre chose
et pensée, entre ceux qui optent pour le matérialisme et ceux qui
perçoivent dans le vivant une âme ou un esprit, une réalité spirituelle.
Conscient des enjeux, Canguilhem le résistant, le libertaire, trace
son chemin en signifiant, au besoin avec une pointe d'agressivité,
qu'il ne glissera pas plus sur une pente que sur l'autre. Il refonde
la réflexion sur le vivant, d'une manière profondément originale,
marquée par l'exigence de rigueur conceptuelle, par l'alliance de la
philosophie et de l'histoire des sciences, et par une intelligence
aiguë de l'acte médical. Canguilhem, penseur aux intuitions
abruptes, qu'il présentait avec une prudente modestie, avait à
l'intérieur de la profession une présence forte, mais il n'était à
aucun degré un philosophe médiatique ou mondain. Que reste-t-il
de sa réflexion ? Comment sa pensée est-elle reçue par une nouvelle
génération de philosophes qui ne l'ont pas connu personnellement,
ni professionnellement ? C'est ce que ce recueil, fruit d'un travail
collectif, tente de préciser.