Les mutations de l'espace public

Cet ouvrage propose des repères pour identifier et comprendre,
par-delà leurs manifestations immédiates, les changements en cours dans
l'espace public contemporain.
Que penser, par exemple, de la brutalité de ces chiffres : 8 %
d'adhérents pour les partis politiques et 2 % de syndicalistes dans la
France de 2004 ? S'agit-il d'une désaffection pour l'engagement collectif
ou est-ce le signe d'une redéfinition en profondeur du rapport de
l'individu aux grandes institutions qui ont longtemps structuré les choix
et les adhésions populaires ? L'évolution de la programmation télévisuelle
avec le quasi-remplacement des émissions politiques par les talk-show
donnant la parole aux gens «ordinaires» en lieu et place de la
parole instituitionnelle est-elle emblématique d'une évolution durable ?
De même, le dispositifs des «conférences de citoyens» ou des «forums
hybrides» pour traiter des enjeux éthiques de la science reflètent-ils une
volonté partagée de mise en responsabilité des acteurs sociaux et préfigurent-ils
un renouveau de la démocratie ?
Que penser aussi de toutes les déclinaisons «très tendance» autour du
e-gouvernement et de la e-démocratie ? Peut-on suivre les discours
enchantés qui associent la revitalisation sociale au développement rapide
des technologies de l'information et de la communication ? Une description
minutieuse de leur insertion dans le champ politique ou syndical
montre plutôt un affrontement de logiques. D'un côté, la mise en place
d'une nouvelle gestion publique fondée sur la rationalisation de l'État et
l'instauration d'un rapport de consommation non engageant avec
l'individu, de l'autre, la prévalence d'un lien citoyen où le conflit n'est
pas nié et où la conception de l'action collective reste positive.
Enfin, l'éclairage volontairement ouvert à différentes aires culturelles
(océan Indien, Europe, Amérique du Nord), devrait permettre au lecteur
de se faire une opinion en ne restant pas prisonnier d'un regard par trop
local.