Action poétique, n° 202. Kurt Schwitters

Action poétique, n° 202. Kurt Schwitters

Action poétique, n° 202. Kurt Schwitters
2010137 pagesISBN 9782854632019
Format: BrochéLangue : Français

Pour Volker Braun, pour un anniversaire

Lui, c'est elle car dit-on, au cours du XX<sup>e</sup> siècle, dans les

dictionnaires, sandre est un nom féminin, peut-être par

proximité avec le latin sandra , et avec son homonyme

cendre... Le nom est entré dans notre vocabulaire au

début du XIX<sup>e</sup> siècle, du néerlandais sander , par

l'allemand zander. Ce poisson à nageoire dorsale

épineuse, acanthoptérygiens (quand on est acanthoptérygiens ,

comme la majorité des espèces de poisson, on est

toujours au pluriel !), ce poisson osseux passe d'un genre

à l'autre. Vers 1950, donc, elle devient lui, la sandre

devient le sandre.

Un poisson de rivière et de lac (Allemagne du Nord,

bassin du Danube, notamment, mais aussi, dans

quelques eaux courantes, en France, et ailleurs) qui aime

la mer et ne dédaigne pas de s'y tremper. Dos verdâtre, à

rayures, écailles très légères, et de peu d'arêtes, Il peut

mesurer jusqu'à un mètre et peser jusqu'à quinze kilos..

Particulièrement agréable, sa chair ferme, blanche,

feuilletée, se prête à de nombreuses combinaisons, on

peut la trouver grillée, pochée, à la poêle (avec des

pommes), en salade (avec des girolles), en timbale, au

gratin, meunière, à l'aïoli (avec des betteraves), aux

cardons (à l'approche des fêtes de fin d'année), aux pois

gourmands (avec citronnelle), à la livournaise (au four,

avec fondue de tomates), au vin (avec purée de légumes

de saisons), rôtie (avec des cocos, haricots blancs frais, ail

en chemise), à la sauce aux écrevisses, au beurre de

moutarde...

Avant le Mur

La RDA existe, Berlin-Est existe, Brecht vient de mourir.

Toujours curieux de ce qui se passe en France, et heureux

de parler notre langue, le poète Stephan Hermlin, croisé

au hasard de l'une de ces insipides rencontres officielles,

en marge d'un Congrès de l'Union des Écrivains, me

propose un dîner de bavardages, avec quelques amis

(dont le poète cubain Roberto Fernandez Retamar, qui,

glabre, fait sensation en s'affublant d'une superbe barbe,

à la Fidel, alors à la mode, et qui n'arrête pas de se

décoller..). Nous nous retrouvons dans un restaurant pas

trop vaste, pas trop bruyant, derrière la Karl Marx Allee,

et refaisons le monde.

Pas de charcuterie, demande Stephan, d'accord ?

D'accord. Zander ? Zander , c'est quoi ? Explications.

D'accord, Zander...

Donc ce Sandre à la sauce moutarde. Pour moi, inoubliable

découverte. Stephan demande la recette. À la fin du

repas, un énorme cuisinier nous l'apporte (écrite en

français, en marge d'un menu en russe).

Pour six personnes, lever les filets d'un gros sandre frais

(deux kilos, ou plus). Dans un plat, les arroser d'un large

jus de citron ; marinade une quinzaine de minutes. Un

bon kilo de pommes de terre cuites dans leur peau.

Laisser refroidir, enlever la peau ; couper ne rondelles pas

trop fines.

Dans une poêle, laisser colorer rapidement au beurre les

filets de sandre sortis de la marinade et mis à sécher sur

du papier gaufré.

Dans un plat beurré, poser les rondelles de pommes de

terre, puis, par dessus, les filets de sandre ; une poignée

d'échalote hachée (c'était «oignon» sur le papier, mais

l'échalote va mieux !) ; Ajouter du beurre, passer le plat au

four chaud quelques minutes. Au sortir du four, napper

d'une sauce beurre/moutarde

(quatre cuillerées de moutarde incorporées lentement,

sur un feu très doux, dans cent grammes de beurre, pour

une crème onctueuse et homogène).

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