Philosophie, n° 90

Philosophie, n° 90

Philosophie, n° 90
Éditeur: Minuit
200695 pagesISBN 9782707319630
Format: BrochéLangue : Français

Ce numéro s'ouvre par la présentation et la traduction des conférences

consacrées en 1917 par Husserl à «L'idéal de l'humanité selon Fichte» qui,

loin de se limiter à un manifeste patriotique conjoncturel, procèdent à une

explication avec la philosophie fichtéenne rendue nécessaire par l'évolution

de Husserl vers un idéalisme transcendantal : ce dernier, partant «d'en

bas», procédant par analyses purement descriptives et aspirant au statut de

science rigoureuse, peut-il se reconnaître dans le style spéculatif de la Weltanschauungsphilosophie

et de la Lebensweisheit fichtéennes ? Apparaît une

affinité inattendue entre la phénoménologie husserlienne et la doctrine tardive

de Fichte sur Dieu, dessinant la voie programmatique d'une «théologie

phénoménologique» qui articule de façon structurelle et téléologique

les niveaux éthiques de l'humanité.

L'article suivant, consacré par D. Henrich à la Logique de Hegel, donne un

commentaire analytique de la Logique de la réflexion - l'un des passages les

plus ardus de la «Logique de l'Essence» - en partant d'un double précepte

de méthode : accorder la Logique avec les exigences générales de la pensée

hégélienne, et considérer que ce texte n'est pas toujours adéquat à son

contenu et qu'il requiert des reformulations. L'exégète part ainsi de la formule

selon laquelle «il faut déterminer la substance comme sujet», considérée

comme principe programmatique de la philosophie hégélienne et

comme fondement du caractère dynamique de sa logique, pour tenter

d'élucider jusque dans le détail l'argumentation hégélienne.

Dans «La controverse sur la négation de Bolzano à Windelband»,

D. Seron s'attache au «problème de la négation» qui a traversé la philosophie

germanique du XIX<sup>e</sup> et de la première moitié du XX<sup>e</sup> siècle, et se définit

par un ensemble de questions fondamentales : l'affirmation et la négation

sont-elles co-originaires, ou l'une se laisse-t-elle dériver de l'autre ? la négation

est-elle assimilable à l'acte de nier ou appartient-elle au contenu

sémantique idéal visé par cet acte ? si la négation est un acte de rejet, que

rejette-t-elle ? s'identifie-t-elle à une diairesis , et implique-t-elle une synthesis

entre contenus de représentation ? D. Seron retrace l'histoire de ce problème

qui, ancrée dans la Logique de Lotze et la Doctrine de la science de

Bolzano, conduit à Husserl et Frege.

Enfin, dans «L'abyme de la politique», A. Boyer s'attache à un point central

de la pensée rousseauiste : il met en question l'interprétation, donnée

par A. Philonenko - et objet d'un consensus général -, de la notion de

volonté générale à partir du modèle mathématique du calcul intégral, qui

l'identifie à la somme des différences entre volontés singulières. L'enjeu,

double, est de prévenir contre la clarification illusoire apportée par la

mathématisation de notions politiques, et surtout de dénoncer la conception

d'une volonté générale résultant immédiatement d'une opération

mathématique - au motif qu'elle fait totalement abstraction des médiations

concrètes nécessaires à son élaboration, c'est-à-dire du travail de confrontation

effective des volontés individuelles dans l'espace public.

D.P.

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