La mise en visibilité du travail numérique

À la fin des années 1940, le sociologue Georges Friedman pose la
question célèbre «Où va le travail humain ?» En s'interrogeant sur
les effets déshumanisants de la technique, il pose les bases d'une
école de recherche en sociologie qui s'intéressera surtout à l'évolution
du travail industriel et aux recompositions opérées dans la classe
ouvrière par les évolutions du machinisme et notamment l'automation.
Le tournant informatique survenu dans les années 1970 a modifié les
perspectives, car il s'agit là d'un ensemble de techniques dérivées du
calcul qui s'emparent de la quasi-totalité des activités humaines et
pas seulement du travail. Tout se passe comme si l'échelle à laquelle
il convenait désormais d'analyser les changements techniques n'était
plus la même et qu'on était passé de l'atelier à la sphère sociale générale.
Les sciences de l'information et de la communication ont matière à apporter
à l'analyse du travail, dès lors que celui-ci n'évolue pas seulement selon les
présupposés de l'organisation, mais aussi en fonction du cadre donné par les
«systèmes d'information». Une approche purement communicationnelle, qui
ne prendrait pas en compte la façon dont les outils communicants structurent
profondément l'activité au-delà des fonctions habituellement dévolues à la
«communication» resterait insuffisante.
Le groupe de chercheurs à l'origine de ce travail, réunis dans le programme
exploratoire PAROSIC (Paradigmes Organisationnels. Communication et
Systèmes d'Information), financé par l'Institut supérieur de la communication
du CNRS en 2009, s'interroge sur les changements de paradigmes à l'oeuvre
dans les organisations en matière de communication et de systèmes
d'information.