Calcutta après Michaux

"Avant de parcourir une ville, de la connaître,
il faut la rêver. Ce n'est qu'une fois qu'on
l'a habitée, rue après rue, quartier après quartier,
que l'on peut aller s'y promener en toute
liberté." Se coulant dans les pas d'Henri
Michaux, Julien Roumette revisite Calcutta à sa
manière. Il en fait un portrait à la fois tendre et
agacé, où les bruits de la rue ont autant d'importance
que l'art consommé de ses habitants de
s'abstraire de la foule, la danse, le chant traditionnel,
la beauté des saris, l'insupportable
grâce des femmes et le vol des oiseaux. Le
voyage joue avec les nerfs du voyageur, se
cherche, se réfléchit, installe un jeu de culture.
Rien d'abrupt pourtant ; la ville et ses rumeurs
distillent comme un raga la mélodie des jours
ressassés, mais toujours différents, qui émergent
lentement de ce carnet indien. On finit complice
du narrateur, emporté par cette intimité trop
forte, trop exigeante d'un seul face à l'innombrable.