Un homme, un vote ? : essai

Ce que l'on appelle communément la démocratie se lance à la
conquête du monde comme le faisait naguère le socialisme. Nous
imposons d'autorité nos grandes foires électorales à des peuples
qui ne le demandent pas. Violences ou bouffonneries, parfois les
deux ensembles, tristes spectacles dont les metteurs en scène et
chefs d'orchestre sont les grands frères de l'Occident qui, incapables
d'imaginer qu'il puisse exister d'autres formes de vie en société
que la leur, font peu de cas de la dignité des habitants de ces pays
et de leurs traditions. Formes de racisme et des plus communes.
Nos démocraties grandement améliorées et parfaitement
maîtrisées font plus feutré. Affaire de moeurs et de tempérament.
Mais l'on sait - et cela finit par se dire sans trop de honte - que le
résultat des élections dépend davantage du mode de scrutin que
du choix des citoyens. En France, une Assemblée sitôt élue se
préoccupe d'abord de préparer la prochaine échéance. Les ténors
en parlent sans fard et sollicitent des experts : «Changeons la
règle, nous serons plus nombreux et fermerons la porte aux
vilains !» Aucun pays réputé démocratique n'a si souvent, avec si
bonne grâce, modifié les formes de scrutin, inventé quelques jolies
astuces et, régulièrement, présenté une répartition des élus en si
forte distorsion, ou même en totale et scandaleuse contradiction,
avec les chiffres sortis des urnes. Comme d'attribuer plus de 80 %
des sièges à une formation qui n'a pas même recueilli la moitié des
voix ; et de faire en sorte que quatre millions d'électeurs ne soient
pas représentés.
Démocratie ? Un homme, un vote ? Des formules, rien de
plus...En l'an 2000, George W. Bush ne fut pas vraiment élu, mais,
tout simplement, au terme de cinq semaines d'empoignades
grotesques et de coups fourrés entre avocats et experts, déclaré
élu par cinq juges de la Cour suprême contre quatre. Un modèle
à suivre ?