FLE : l'instant et l'histoire : actes des rencontres du 29 mars 2012 à l'Alliance française de Paris Ile-de-France et du 19 octobre 2012 au CLA de Besançon

FLE : l'instant et l'histoire : actes des rencontres du 29 mars 2012 à l'Alliance française de Paris Ile-de-France et du 19 octobre 2012 au CLA de Besançon

FLE : l'instant et l'histoire : actes des rencontres du 29 mars 2012 à l'Alliance française de Paris Ile-de-France et du 19 octobre 2012 au CLA de Besançon
2013126 pagesISBN 9782090382402
Format: BrochéLangue : Français

L'accélération de l'existence, telle du moins que nous la serinent les médias et quelques

spécialistes autoproclamés, s'applique-t-elle à l'enseignement du français langue

étrangère ? Rien n'est moins sûr, car comment pourrait-on distinguer clairement le

fait de donner un cours aujourd'hui à des apprenants de FLE et le même acte il y a,

mettons, un siècle ? La comparaison n'est même pas possible, ou reste dépourvue de

signification.

L'enseignement d'une langue vivante, depuis un moment déjà, se trouve coincé entre

deux bornes opposées : une extrême urgence et, pour l'enseignant(e), le souhait de

ne pas y perdre ses racines et de se situer en toute conscience dans la situation

historique. Celle de son enseignement concret, certes, mais aussi celle de l'héritage

qu'il transporte (même s'il ne le sait pas, même s'il ne le veut pas, aurait dit l'ami Pierre

Bourdieu), à travers sa formation, ses études, ses connaissances, son itinéraire

propre.

Pour l'apprenant, bien entendu, seule l'urgence compte. Il ne veut même pas savoir

ce que l'Histoire, longue ou récente, ce que l'instant et la durée, exercent comme

influence sur son professeur. Il est pressé et, en notre époque où tout se mesure à

l'instantanéité, à l'immédiateté, au «tout de suite» il n'y a aucun espoir rationnel

d'échapper prochainement à une telle emprise. Un apprenant, aujourd'hui, souhaite

pratiquer la langue avant même de l'avoir apprise. Aurions-nous le toupet de lui en

vouloir, nous qui, dans les situations les plus humbles et les plus communes de la vie,

sommes envahis par une telle hâte ?

Les grands empires éducatifs qui nous entourent et nous enserrent (Conseil de l'Europe,

OCDE, PISA, modèles de Shanghai ou d'ailleurs), contribuent eux aussi à repousser en

nous le besoin d'un véritable ressourcement historique. Il ne s'agit évidemment pas de

faire de l'histoire pour faire de l'histoire, mais d'orienter notre regard du présent vers

ses racines passées, qui, de toute façon, se vengeront inéluctablement de ce qu'on aura

voulu faire sans elles. Une pratique sociale, et l'enseignement des langues en constitue

une, exemplaire et décisive, ne possède aucun avenir si elle ne se remémore pas sans

cesse les lieux et moments d'où elle vient. Pour être de véritables professionnels, les

profs de FLE doivent prendre conscience d'eux-mêmes, de ce qui les entoure et de ce

qui se fait en eux, même sans eux.

Louis Porcher

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