Adishatz docteur : récit

Cher Papa,
Voilà un terme que je n'ai jamais employé du temps où tu
étais encore parmi nous.
Ce livre, c'est grâce à toi, mais aussi à cause de toi que je l'ai
écrit. Ce récit à lui seul transmet, évoque, indique toute la
difficulté d'une relation inexistante entre toi et moi. À toi je
ne peux m'éviter de dire que tu es à l'origine de tant de maux,
de tant de difficultés, de tant de manque, de tant de
souffrances. Cette absence, lourde à porter, ces longs silences,
tous ces verbes qui n'arrivèrent jamais, tous ces retours que je
n'ai jamais réussis à te donner de fait... Tout simplement parce
qu'on a le retour que l'on mérite.
Lorsqu'on me demande qui tu étais, je réponds presque
machinalement : «Personne». Pour exister il faut percevoir,
sentir, dévoiler, dire, rire, consoler, se révolter parfois, et aussi
se sentir aimer... Je n'ai jamais ressenti ce sentiment de toi. Je
n'ai souvenir d'aucun mot tendre, ni geste, ni caresse... Jamais
d'encouragements. Et tout cela, tout ce que tu n'as pas été, je
passe désespérément mon temps à le rechercher,
inconsciemment, aujourd'hui.
Atteindre la sérénité n'était possible qu'en s'affranchissant
du poids colossal du passé. Du tien d'abord et du mien à
travers toi.
Adieu Papa.
Louise