Connaissance des Pères de l'Eglise, n° 122. Pèlerinages en Terre sainte

«La montagne, vue des alentours, a bien l'air d'être
unique ; cependant, quand on s'y engage, on en voit
plusieurs, mais c'est l'ensemble qu'on appelle montagne de
Dieu ; l'une d'entre elles, au sommet de laquelle est l'endroit
où descendit la majesté de Dieu, comme il est écrit
(Ex 19, 18. 20), se distingue au milieu de toutes les autres. Et
bien que toutes celles qui sont autour soient si élevées que
je pense n'avoir jamais vu les pareilles, pourtant celle du
milieu, sur laquelle descendit la majesté de Dieu, est bien
plus haute que toutes les autres : c'est si vrai que, une fois
l'ascension faite, toutes les montagnes sans exception que
nous avions vues si élevées, étaient tellement au-dessous
de nous qu'on aurait dit de petites collines minuscules. Il y
a une chose vraiment très étonnante et qui ne peut s'expliquer,
je pense, sans la grâce de Dieu : la plus haute de
toutes est la montagne du milieu qui porte spécialement le
nom de Sinaï, celle où descendit la majesté du Seigneur, et
pourtant on ne peut pas la voir à moins d'être venu jusqu'à
son pied même, avant de la gravir ; quand, après avoir
réalisé son désir, on en est descendu, alors on la voit d'en
face, mais avant de la gravir, ce n'est pas possible. Cette
particularité, avant que nous n'arrivions à la montagne de
Dieu, je la connaissais déjà sur le rapport de nos frères, et
quand j'y suis arrivée, j'ai constaté que c'était bien vrai [...].
À la quatrième heure, nous sommes arrivés au sommet
de la sainte montagne de Dieu, le Sinaï, où fut donnée la Loi,
c'est-à-dire l'endroit où descendit la majesté du Seigneur,
le jour où la montagne était toute fumante (Ex 19, 18).
À cet endroit, il y a maintenant une église, pas bien
grande, car l'endroit même, le sommet de la montagne,
n'est pas bien grand ; mais cette église est par elle-même
d'une grande beauté. Nous étions donc, selon la volonté
de Dieu, montés jusqu'au sommet, et arrivés à la porte
de l'église : voici que vint à notre rencontre, sortant de
son ermitage, le prêtre qui desservait l'église ; c'était un
vieillard vénérable, moine depuis son jeune âge et, comme
on dit ici, ascète, bref un homme digne d'être là. Vinrent
aussi à notre rencontre d'autres prêtres et également tous
les moines qui demeuraient là.»