Toujours plus loin dans les neiges

Aïgui a eu soixante-dix ans le 21 août 2004. Voici son dernier (provisoirement
dernier) livre, achevé l'an passé. C'est peut-être le plus beau
qu'il ait jamais écrit. Et c'est une sorte de livre des adieux. Il y atteint
à la plus haute simplicité. Il y marie avec une maîtrise extraordinaire
l'abstraction au concret le plus quotidien. Et avec ce lexique épuré et
réduit il obtient une extrême musicalité du vers, des mouvements rythmiques
chaque fois renouvelés. Même son système de ponctuation si
original (à la fois rythmique, mélodique et sémantique) est employé ici
de manière presque ascétique.
La clé de ce cycle me semble être cette expression qu'il emploie
dans un poème dédié à un ami peintre dont il dit que ses tableaux sont
"de plus en plus hautement terrestres". Elle s'applique admirablement
à Toujours plus loin dans les neiges.
Et c'est d'emblée un sommet de la poésie du nouveau siècle (et
donc du nouveau millénaire) qu'atteint ici celui qui a bouleversé la
poésie de langue russe de la seconde moitié du XX<sup>e</sup> siècle.
Léon Robel