Les atteintes à l'intégrité des personnes détenues imputables à l'Etat : contribution à la théorie des obligations conventionnelles européennes : l'exemple de la France

Les conditions d'exécution de toute mesure privative de liberté sont déterminantes
de son sens et de son efficacité en termes de réinsertion et de lutte contre la récidive.
La préservation des personnes détenues constitue un facteur de légitimité indéniable
de l'institution carcérale et de son rôle au sein d'une société démocratique.
En vertu des articles 2 et 3 de la Convention européenne, qui protègent respectivement
le droit à la vie et la prohibition des traitements inhumains et dégradants,
la jurisprudence européenne a identifié une pluralité d'obligations mises à la charge
des États. Les atteintes portées à l'intégrité des personnes détenues peuvent être
directement imputables à l'État lorsqu'elles résultent du fonctionnement officiel
de l'institution, en particulier des fouilles, des placements à l'isolement, des rotations
de sécurité, ou des conditions de détention. Elles peuvent aussi lui être indirectement
imputables, lorsque la défaillance étatique a permis ou toléré la réalisation d'un acte
particulier violant ces droits absolus protégés. L'élaboration des critères d'imputation
à l'État de ces atteintes et les limites de la responsabilité étatique sont précisément
déterminées par la définition et l'intensité des obligations européennes.
Si la Cour de Strasbourg apparaît comme le premier facteur de la mutation
du droit pénitentiaire, les lacunes de sa jurisprudence pourraient avoir des effets
contradictoires et faire obstacle à l'élaboration d'une théorie cohérente des obligations
conventionnelles européennes.