Vertigo, n° 44. Les années 80

Si les années 80 alimentent aujourd'hui citation nostalgique et
imaginaire vintage , l'histoire qu'elles ont tramée nous renvoie à une
réalité sociopolitique dont l'héritage et le souvenir demandent à être
interrogés. La décennie 1980 a en effet inauguré un tournant, esthétique
et politique, marquant l'avènement d'un état d'esprit propice à
l'expansion de normes se voulant objectives et rassurantes, au
détriment d'un espace accordé à de possibles marges déstabilisantes.
Situation dont Le Pont du Nord , de Jacques Rivette, livrait, en 1981,
un précipité éclairant.
Considérer de près ce que le cinéma a enregistré, imaginé,
montré de cette époque ; revenir sur les mutations structurelles dont
il fut à la fois l'objet et l'agent, tel est ce que nous avons tenté ici :
évolution des cinéastes du Nouvel Hollywood (Coppola, Spielberg,
Friedkin) ; usage publicitaire de l'image et quête d'une distinction face
à la télévision toute puissante (Carax) ; mélancolie du discours sur
la «mort du cinéma» (Wenders, Godard) ; nouvel accès et rapport
domestique aux images par la généralisation de la VHS. Quelques
films phares (ceux de Pialat, Une chambre en ville de Demy, Ginger et
Fred de Fellini...), nous ont guidés pour élucider ce que les transformations
de l'époque ont construit, et la manière dont celles-ci nous
renseignent sur notre présent.
C'est au cinéaste japonais Sion Sono, dont Guilty of Romance est
récemment sorti en France, qu'est dédiée la dernière partie de ce
numéro. De son premier long-métrage Bicycle Sighs (1990), à Himizu ,
présenté à Venise en 2011, Sion Sono aura alterné productions ultra-indépendantes
et films commerciaux relevant du cinéma de genre.
Avec son dernier film, Land of Hope , qui prend place parmi les ruines
du tsunami et aux alentours de Fukushima, Sion Sono poursuit une
oeuvre s'attachant à retranscrire de façon crue et bouleversante le
Japon contemporain.