Mystères et magie de l'écriture : essai d'esthétique

Pourquoi écrire ? Quête audacieuse et aventureuse d'une demeure ,
l'écriture est la reconstruction d'un monde et de soi. Emportés par
une aventure de l'imaginaire, «les mots veulent qu'on les rêve en les
nommant», tout en acceptant que la plume qui les orchestre les mette
en rapports pour leur conférer des vies multiples et les accorder au monde
des êtres et des choses qui s'en trouvent transfigurés. Ecriture de l'autre
(dans la biographie par exemple) ou de soi (comme dans l'autobiographie),
elle est toujours soucieuse de saisir la verticalité de l'oeuvre qu'on ne doit
pas rabaisser à la vie de son auteur, soucieuse aussi de dresser la Figure de
l'écrivain au-dessus des aléas du temps horizontal.
Car l'oeuvre d'un écrivain de talent (dont le secret inavoué est peut-être
le transcendantal de toute création) possède le statut d'une quasi-Personne
définie par l'ambivalence de ses silences, par son ton et son style, par
l'ampleur et la nouveauté de sa vision et de son souffle, enfin par son
contenu de vérité qui, quels que soient ses thèmes, chante dans le corps de
l'oeuvre pour lui conférer son effet de présence sacrale.
Le thème de la catastrophe, lui, dès la naissance de l'ère de la
modernité, semble, dans la littérature comme dans tous les autres arts, avoir
prévalu sur les autres thèmes, jusqu'à tenter d'appréhender ou de peindre
l'horreur absolue : pour témoigner, dénoncer, apaiser ou conjurer. Mais,
toujours, le grand écrivain sait transfigurer les figures du désastre et de la
catastrophe et rendre même crédible sous sa plume une alliance de l'horrible
et de la beauté. C'est parce qu'il est le cérémonial d'un rite et qu'il a souvent
la vertu d'un viatique, que l'acte d'écrire rend irremplaçable l'utilité du livre.