George Washington, l'homme qui ne voulait pas être roi

Si la réflexion d'Heidegger à propos d'Aristote : «Il est né, il a oeuvré, il
est mort» caractérise au mieux le parcours de George Washington, c'est
qu'il n'eut de cesse de vouloir demeurer loin de la lumière brûlante de la
gloire. Pourtant, riche d'immenses succès, il fut l'un des pères fondateurs
de la première puissance mondiale actuelle au point qu'on voulut le faire
roi. Pourtant, toute sa vie il fit montre d'un grand détachement vis-à-vis
des honneurs, préférant l'agronomie au côté de Martha, la femme de sa vie.
La carrière et le destin de cet homme, dont le nom seul incarne encore
aujourd'hui le point de référence et l'âme des États-Unis d'Amérique,
sont surprenants tant ils sont dégagés des lois ordinaires. Mais, s'il y eut
de l'absolu chez lui, ce fut sans aucun doute pour mieux en combattre
les formes les plus crues, celles justement d'un pouvoir absolutiste qu'il
abhorrait. Toutefois l'humanité imprégna aussi la vie personnelle de George
Washington et c'est un peu la genèse de l'Amérique qui se lit dans les débuts
de ce planteur : des malheurs et aussi des échecs. Voilà qui aurait dû faire
verser ce futur héros dans le sillon de l'oubli. Mais c'est au contraire dans
cette période bouleversée qu'il plongea ses racines.
De ce caractère imperturbable et déterminé, le pays fit un fondement. De
ses luttes perdues d'avance et pourtant remportées, l'homme en ressortit
grandi. Cette grandeur le dépassa tellement que de cette histoire naquit
une légende, un monument immense dont la sédimentation étonne et
interroge l'historien qui, dans son cas, n'a rien à réhabiliter. Si bien que
George Washington n'est ni un méconnu ni un incompris mais est, jusqu'à
nos jours, resté un mystère au double visage, un public et un intime qui,
dévoilé, véritablement subjugue.