Deux siècles de malédiction littéraire

Transvaluant les signes de l'échec et de la réussite, la
malédiction de l'écrivain est l'un des grands mythes
de la littérature moderne. «Il faut des malheurs, et des
plus grands, pour faire ce qu'il y a de plus beau dans
le plus beau des arts», écrivait un Louis de Bonald.
«Le ressentiment est nécessaire à toute création
artistique véritable», écrit plus près de nous un
Michel Houellebecq.
Ce mythe de la malédiction n'en est pas moins
une croyance vécue, ayant orienté des vies entières
d'artistes et d'écrivains. Un vaste continent de
maudits se dessine ainsi, du XIX<sup>e</sup> au XXI<sup>e</sup> siècle, où
le poète crotté voisine avec le styliste martyr de son
art, où le nègre de génie le dispute au grand artiste
sombrant dans la folie, où l'écrivain populaire ne se
prive pas quelquefois de cette forme singulière de
légitimité que procure le malheur.
Le propos du présent volume n'est pas de dresser un
nouveau palmarès des poètes maudits ou des acteurs
obscurs de la scène littéraire, mais d'examiner les
conditions de perpétuation d'une croyance - le
malheur de l'auteur comme fondement de la valeur
d'une oeuvre - à travers un ensemble de textes et
d'images débordant les limites géographiques et
culturelles de la France.