De Nietzsche à Heidegger : l'écriture spéculaire en philosophie

Nous explorons dans cet ouvrage l'hypothèse que Nietzsche
et Heidegger, ces deux philosophes majeurs souvent rapprochés
l'un de l'autre, pourraient avoir un lien de parenté beaucoup plus
profond encore qu'on ne le soupçonnait : l'écriture et la pensée
spéculaire.
En effet - et c'est là un aspect majeur du renouvellement philosophique
qu'ils apportent -, Nietzsche et Heidegger portent un
regard réflexif sur leur propre activité consistant à philosopher,
rompant ainsi avec une longue tradition où la philosophie,
science souveraine, ignorait superbement les contingences de
son écriture, de sa production et de sa communication.
Arrivés à un point de leur cheminement philosophique,
Nietzsche et Heidegger se sont finalement retournés sur le chemin
parcouru pour... se regarder philosopher. La façon de philosopher,
l'écriture, le texte, les types de discours convenus
grâce auxquels la philosophie existe ne vont plus de soi.
La gangue langagière où prend corps la pensée n'est pas sans
incidence sur cette pensée ; elle lui est au contraire consubstantielle.
C'est sur ce questionnement évident et pourtant largement
éludé que Nietzsche et Heidegger se retournent et posent un
regard aigu.
Cette spécularité philosophique constitue à nos yeux une
révolution profonde dont nous analysons précisément les modalités
chez l'un et l'autre philosophe.