Histoire de la Caisse nationale d'épargne : une institution au service du public et de l'Etat : 1881-1914

La Poste s'est imposée au fil des ans dans le domaine financier français et, de
par son statut, son réseau et sa clientèle, elle y tient une place particulière. Mais peu
ou prou de travaux historiques ont cherché à comprendre comment cette insertion
s'est réalisée. La loi d'avril 1881 qui crée la Caisse nationale d'épargne est pourtant
fondamentale pour le développement des services financiers de la Poste, et ces derniers
doivent leur existence et leur développement à un long mouvement qui commence
avec la création du mandat poste, en 1817, et qui a comme point d'orgue la
création des Comptes chèques postaux en 1918. C'est pendant cette période que se
forme le «coeur historique» des services financiers de la Poste actuelle.
Il faut remonter au milieu du XIX<sup>e</sup> siècle pour comprendre les raisons qui
poussent l'État français à créer une Caisse d'épargne publique. En fait, par leur
fonction, rôle et utilité, les Caisses d'épargne ordinaires, nées en 1818, participent
d'un réel consensus dont les parlementaires et les notables se font l'écho. L'installation
de Caisses d'épargne au sein de la France la plus rurale et la plus enclavée
est même régulièrement souhaitée, notamment dans les dix dernières années du
Second Empire. Les contemporains considèrent que les communes qui possèdent
une Caisse d'épargne - 1 500 sur 37 000 -, bénéficient d'un traitement de faveur
de la part de l'État. Une opinion accrue par le fait que les Caisses d'épargne sont
considérées, depuis 1835, comme des établissements d'utilité publique et ils y
voient une injustice entre citoyens français. En conséquence, ces contemporains
réclament l'utilisation de réseaux administratifs ou de correspondants de l'État
pour étendre le réseau des Caisses d'épargne, comme cela est fait en Angleterre
avec la création des Post-Office-Savings-Banks en 1861. Si la discussion est ouverte
au sein de l'hémicycle sénatorial, notamment en ce qui concerne l'intervention
de l'Etat dans le domaine de l'épargne, elle trouve finalement peu d'écho au sein
des dirigeants du Second Empire. Finalement, après la crise de 1870, un modus
vivendi est trouvé, mais le décret de 1875 qui autorise les percepteurs des impôts
et les bureaux de poste à être les correspondants des Caisses d'épargne ne résout
pas la question de développement du réseau des Caisses d'épargne, et il faut
attendre les débuts de la Troisième République pour que les débats débouchent sur
des projets plus concrets...