Chez nous, on mangeait bien : souvenirs et recettes de l'hôtel Demornex

C'était dans les années cinquante, dans le grand boum de l'après-guerre, quand la vie reprenait
après tant de privations. La croix gammée ne flottait plus devant l'Hôtel Demornex et
Joseph, de retour de Dachau, donnait un élan formidable à son restaurant.
Je garde un souvenir inoubliable de ces dimanches d'été, lorsque les cloches carillonnaient
gaiement la sortie de la messe et que nous traversions la place, nous les petites paysannes avec
notre chapeau à fleurs et notre sac à main, toutes endimanchées. Nous regardions avec admiration
ces belles automobiles qui se garaient le long des rues. Des messieurs en costume cravate en
descendaient accompagnées d'élégantes dames aux cheveux ondulés, vêtues de robes soyeuses. Tout
ce «grand monde» arrivait de Genève, de Lausanne. La ville débarquait à la campagne et la
campagne contemplait la ville avec une curiosité bienveillante.
Que servait-on d'exceptionnel chez Joseph ?
J'allais très vite le savoir, quand mon père me proposa d'aller servir comme
«extra». L'Hôtel offrait un travail d'appoint aux filles de paysan dont les revenus étaient fort
modestes. De 17 à 19 ans, j'allais donc servir «chez Joseph». Je découvrais les plats raffinés,
- langouste à l'armoricaine, omelette norvégienne - et un nouveau monde tout aussi raffiné dans
son langage et ses manières.
Le travail n'était pas de tout repos et Madeleine, la patronne, était là, l'oeil aux aguets pour
surveiller et activer le service car le client était roi ! Le restaurant affichait rarement complet :
Madeleine rajoutait des tables, improvisait une salle à manger dans la lingerie du premier étage,
m'envoyait chez ma mère chercher des couverts si l'on en manquait...
C'était une époque heureuse, énergique, que Jacqueline fait revivre à travers des souvenirs et
un style bien à elle. Et grâce aux recettes rassemblées en famille, vous pourrez vous faire une idée
concrète de ce que furent les beaux dimanches de l'Hôtel Demornex.