Trois sentinelles

Trois fois à la frappe d'être, trois fois une
façon d'être sommé : ainsi voudraient les voix
que portent ces textes parvenir non tant à leur
objet qu'à l'apaisement de leur injonction. Trois
fois, chaque reprise jouant d'être une différence,
la même sommation : qui, comment, où, quand
- et combien abondamment ou chichement
combien - saura-t-il répondre à cette apostrophe
si souveraine : ne sommes-nous pas d'évidence
notre Seigneur et le tout de notre monde ?
Or qui dit : nous ?
Chacun, être, herbe, rocher, eau, bouvier,
mascaret, royaume et marches ; chacun,
couleur, émotion, vagabondage, fuite, lame,
refus et reflux, écume, répond - même dans
son mutisme. Chacun, crabe, mouche, visage,
barreau, métaphore, lyrisme à gorge déployée,
à sa façon atteste : nous sommes et notre
Seigneur et de notre monde le tout, outre leurs
sentinelles ; de là se fait que nous ne pouvons
que nous efforcer d'être notre, leur, la voix.
Trois fois une même fois, ou trois fois dans la
divergence ? N'importe. Il n'y a que ce qui tente
de n'être pas sonné et, parfois, par là, parvient
presque à imposer qu'il y ait chant.