Plus jamais petite

Lucie attend. Seule sur un banc, dans la rue, face à la
grande porte de la maison d'arrêt, elle attend son
heure, cette heure qui la mènera à la confrontation, à
lui. Ce père qui n'est plus un père. Ce père qui n'est
plus rien.
Elle attend et elle espère, bientôt ce sera fini, bientôt
elle sera libérée. Libérée de son enfance, de ses
souvenirs, peut-être.
Lucie espère. Bientôt peut-être, la vie l'attend ?
"Je m'appelle Lucie. J'ai 15 ans. J'attends devant la
prison pour te voir. Et j'ai la trouille.
Oui, tu as bien lu : je m'appelle Lucie.
Tu ne croyais quand même pas que j'allais le garder, le
prénom ridicule que tu m'as choisi !
J'ai choisi mon nouveau prénom, j'ai pris le plus joli du
monde : ça veut dire «lumière» en latin, c'est ma prof de
français qui me l'a dit. Tu vois, tu ne peux rien faire contre
ça : je vais vers la lumière, mon prénom le dit !
J'ai décidé d'aller bien, enfin, d'aller de mieux en mieux..."